Cette planche là, je l'aime bien. Tant pis si ce n'est pas réciproque. Il ne s'y passe pas grand chose sinon que de longs dialogues ce qui est rare chez l'ami scénariste Laurent. Mais bon, j'aime assez le fait de la rendre la plus dynamique possible - en toute modestie s'entend - : en variant les plans et les angles de vues, en sortant de la pièce, en alternant les champs et contre-champs. Bref.

Sinon actuellement le milieu de la BD vit un passage difficile. Les gros éditeurs resserrent leur politique et leur catalogue. Au profit de ce qui marche déjà et exit les petits artisans du phylactère? Je ne sais pas quoi vraiment en penser. Je vais peut-être en choquer - dessinateur que je prétends être - mais j'y vois des points positifs: quand on regarde ce qui sort voire ce qui marche je suis dubitatif sur la qualité et dessin et scénar', et à l'inverse des perles qui mériteraient plus de lecteurs (ça c'est le côté public) ou une meilleure mise en place (ça c'est pour tacler certains éditeurs qui ne font pas leur boulot). Quant à miser que sur les grands noms, ne serait-ce pas là une occasion par ex. de louper un Zep ou Guarnido (ils furent refusés pour des défauts énoncés qui furent en fait leur force: un gamin au langage cru ou un univers peuplé de personnages aux têtes animales). Et puis tout formater, je crois bien que c'est nier l'essence même d'une BD: un livre certes mais né d'un acte de création artistique dans tous les sens du terme. So ...
Ce sont des réflexions qu'on entend, qu'on discute dans les festivals quand des auteurs rencontrent d'autres auteurs, reconnus, ultra-reconnus ou pas. Ce fut le cas à Lyon ou à Seyne-sur-Mer dernièrement.
Et puis hier j'apprends que Delcourt devient majoritaire des Editions Soleil. Dégraissage à la clef? ... Moi ce qui m'inquiète c'est qu'un patron de Soleil - grand homme d'affaires qu'il est (et je ne juge pas en disant ça)- ne fait rien à la légère. On ne fera pas croire que son investissement dans le rugby lui bouffe tant qu'il doive délaisser la BD. J'y vois plus l'histoire d'un gars qui sent comme tous que le marché décline et qui vend quelques parts au bon moment. En bref, ça m'inquiète.
Mais comprendront bien les gens qui me connaissent. Je ne suis pas défaitiste pour autant: nous faisons un métier entre l'artisan et l'art au sens noble - de mon point de vue - et comme n'importe quel métier je suis persuadé que si on se donne la peine et qu'on y mette le plus d'amour qu'on puisse, il n'y a aucune raison que cela ne marche pas. Et j'entends par "marcher" le seul fait de gagner ma vie honorablement. Nos egos sont tels que le succès et les paillettes seront toujours les bien venus, nous qui avons beaucoup besoin d'être aimés pour ce qu'on fait ou pour ce qu'on est (c'est selon). Certes, mais gagner sa vie suffirait. Je suis donc simplement méfiant vis-a-vis de la paupérisation de la profession avec des prix pratiqués en baisse, des conditions de contrat parfois ésotériques (ce n'est pas mon cas pour l'instant). Lors d'un des festivals, un jeune me disait qu'il était content d'être payé 120€/planche (scénar'+dessin+colo, tout compris, brut). Très bien. La seule chose: lui parle presque d'argent de poche, moi j'ai la prétention de parler aussi boulot. Donc wait and see.